Québec préfère utiliser de très vieilles versions de Windows en achetant des garanties prolongées à 10 M$

Qui s’achèterait une voiture de l’année sans l’utiliser, en payant une fortune pour continuer à circuler dans une minoune? C’est pourtant ce que fait Québec avec plusieurs de ses logiciels.

Notre Bureau d’enquête a découvert que de nombreux serveurs utilisés par des organismes publics fonctionnent encore avec Windows 2003… voire Windows 2000. Des technologies qui datent de plus d’une décennie.

Pourtant, Québec possède les versions les plus récentes des systèmes d’exploitation du géant américain Microsoft (dont Windows 2012 et 2016), mais ne les installe pas.

Rien qu’au cours des quatre dernières années, les systèmes d’exploitation dernier cri, ainsi qu’un paquet d’autres logiciels, ont coûté 191 M$.

Logiciels dépassés

Au total, 643 serveurs fonctionnent encore sous Windows 2003, un logiciel datant de… 14 ans. Pire encore, 86 serveurs roulent encore sous Windows 2000, a admis le Centre des services partagés (CSPQ), l’organisme gouvernemental qui héberge les systèmes québécois et gère la plupart des grands chantiers informatiques. En somme, le quart des 2763 serveurs Windows du CSPQ sont dépassés.

Rouler en «minoune» coûte cher, car Microsoft ne fait plus de mises à jour sur ces anciens logiciels et ne corrige plus les problèmes techniques ni les failles de sécurité. Le gouvernement a donc choisi de payer des garanties prolongées qui ont coûté à ce jour, selon nos calculs, 10,2 M$. Cela n’aurait jamais été nécessaire s’il avait installé, comme prévu, les nouveaux logiciels qu’il a pourtant payés.

Et les coûts sont appelés à augmenter constamment, car, chaque année, pour inciter ses clients à passer à la nouvelle version, Micro­soft double le coût de sa garantie.

Québec le savait

Pourtant, Windows 2003 et 2000 sont caducs depuis longtemps, et Québec le savait. La version 2000 n’est plus supportée par son fabricant depuis sept ans. Microsoft l’avait d’ailleurs annoncé longtemps à l’avance pour amener ses clients à se préparer. Même chose pour la version 2003. Dès 2009, l’information circulait sur le web annonçant que 2015 sonnerait le glas de cette version.

Les 191 M$ versés à Microsoft depuis quatre ans, qui incluent l’achat des nouvelles versions de Windows, ont surtout été consentis dans le cadre de contrats sans appel d’offres. Pour plusieurs ministères, cette somme incluait même une option pour s’assurer que les versions des produits sont toujours à jour.

UN AUTRE GASPILLAGE

Ce n’est pas la première fois que Québec paie pour des logiciels qu’il n’utilise pas. En octobre dernier, notre Bureau d’enquête révélait que le gouvernement avait dépensé inutilement près de 15 M$ afin d’acheter des boîtes courriel Microsoft pour 150 000 ordinateurs du réseau de la Santé. Le hic, c’est que 20 M$ avaient aussi été dépensés pour 150 000 boîtes courriel avec IBM. Les boîtes courriel étaient donc payées en double.

PERSONNE N’EST RESPONSABLE

Personne, dans la fonction publique québécoise, ne veut prendre le blâme pour les millions de dollars gaspillés dans des versions caduques de Windows.

Du côté du Centre des services partagés (CSPQ), on attribue une certaine responsabilité aux ministères.

Olivier Cantin, porte-parole du CSPQ, affirme que même si son organisation héberge les serveurs des différents ministères, ceux-ci demeurent responsables du développement de leurs programmes informatiques.

Ainsi, chaque fois que le CSPQ veut changer de version de Windows pour ses serveurs, les ministères doivent s’assurer que leurs propres programmes sont compatibles avec ce nouveau système.

«Cependant, le rythme de réalisation de ces travaux de rehaussement est tributaire de la capacité de réalisation des ministères, nous explique Olivier Cantin. Des travaux de rehaussement sont en cours ou à venir dans les ministères pour rendre compatibles ces applications.»

À venir depuis sept ans

Pour Windows 2000, par exemple, cela fait déjà sept ans que ces travaux sont «à venir».

Tant que la nouvelle version n’est pas installée, la garantie prolongée est inévitable afin de «bénéficier de correctifs de sécurité immédiats jugés critiques», ajoute M. Cantin.

Selon deux de nos sources bien impliquées dans la haute gestion de l’information gouvernementale, le CSPQ et les responsables de l’informatique gouvernementale n’ont pas eu le leadership nécessaire pour éviter ce cul-de-sac coûteux.

Ce dossier est un «exemple parfait» du «manque de gouvernance» et de «mauvaise planification» du gouvernement en informatique, nous disent ces sources.

Logiciels payés, mais jamais installés
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